La production de vaccins contre le virus grippal A (H1N1) prendra-t-elle du retard et, avec elle, les campagnes de vaccination prévues par les gouvernements ? Cela pourrait bien être le cas aux Etats-Unis, où les autorités ne devraient disposer, à la mi-octobre, que du tiers des doses prévues.
"Selon les dernières informations provenant des fabricants, nous espérons disposer d'environ 45 millions de doses d'ici au 15 octobre, puis recevoir chaque semaine 20 millions de doses supplémentaires jusqu'à ce que l'on atteigne les 195 millions de doses que nous avons commandées", a indiqué, mardi 18 août, Bill Hall, porte-parole des services du ministère de la santé, cité par l'AFP. Le gouvernement américain tablait, dans un premier temps, sur 120 millions de doses à la mi-octobre.
Troisième mort en France, 1 799 dans le monde
En Nouvelle-Calédonie, une fillette de 8 ans est morte d'une pneumonie consécutive à la grippe A qu'elle avait contractée, a annoncé, mercredi 19 août, la direction des affaires sanitaires et sociales, en précisant que l'enfant était fragilisée par son état de santé général. Ce décès porte à trois le nombre de morts de la grippe A en France, les deux autres ayant été enregistrés à Brest et en Polynésie.
Roselyne Bachelot, ministre de la santé, a déclaré, mercredi 19 août, que le nombre de cas de grippe A en France faisait qu'il était "trop tôt" pour passer au niveau 6 de l'alerte, ajoutant qu'il faut "se préparer à toutes les éventualités" sans "céder au catastrophisme".
Selon le dernier bilan de l'Organisation mondiale de la santé, publié mercredi, la grippe A a fait 1 799 morts dans le monde, dont 1 579 sur le continent américain, et touche plus de 170 pays.
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Edition abonnés Repère : A (H1N1) : anatomie d'un virus
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu'à l'automne, lorsque la pandémie devrait toucher plus fortement l'hémisphère nord, "il n'y aura pas assez de vaccins pour vacciner des populations entières, ni même de fortes proportions de population". Plus d'un milliard de doses de vaccin ont été commandées par les pays de l'hémisphère nord.
La principale raison de ce retard tient au rendement de la souche. Tous les industriels travaillent à partir d'une même souche, fournie par l'OMS, qu'ils font se multiplier en culture avant d'utiliser des éléments purifiés pour la préparation du vaccin.
Lors d'une conférence de presse, le 6 août, le docteur Marie-Paule Kieny, directrice de l'Initiative pour la recherche vaccinale à l'OMS, reconnaissait qu'"au début les rendements obtenus par les fabricants ont été franchement décevants". Et précisait que des industriels faisaient état de "rendements situés entre un tiers et la moitié de ceux qu'ils avaient d'habitude avec une bonne souche de virus saisonnier".
"La première souche reçue avait un rendement modéré, confirme le docteur Soizic Courcier, directeur médical et des affaires réglementaires pour le laboratoire GlaxoSmithKline. Nous avons reçu une nouvelle souche il y a quelques jours et nous saurons dans les semaines qui viennent si le rendement est amélioré. Dans nos discussions avec les gouvernements, nous avions tenu compte des différentes hypothèses de rendement. Nous tiendrons notre date de première livraison en septembre-octobre."
"Le rendement est toujours moins bon au début, assure le docteur Albert Garcia, porte-parole de Sanofi Pasteur. Nous avons reçu la première souche le 27 mai. Actuellement, le rendement est conforme à nos attentes. S'il est meilleur avec les nouvelles souches, nous utiliserons celles-ci, car cela se traduira par une différence en millions de doses de vaccin." Les premières doses destinées à la vaccination devraient être livrées "en novembre-décembre, voire fin octobre si les procédures réglementaires prennent moins de temps que prévu", complète le docteur Garcia.
L'Australie, touchée par plus de 34 000 cas de grippe A, dont 121 mortels, commencera sa campagne de vaccination dans la deuxième quinzaine de septembre, en raison de résultats lors des premiers essais qualifiés de "prometteurs" par le ministre de la santé.
Les autorités américaines estiment que les contretemps dans la production de vaccins ne devraient pas retarder le démarrage de la campagne de vaccination prévue à la mi-octobre. En revanche, il leur faudra plus de temps pour couvrir la population ciblée par les recommandations formulées en juillet par les Centres pour le contrôle des maladies et la prévention (CDC).
Les CDC ont établi la liste des groupes auxquels la vaccination contre le virus A (H1N1) devrait prioritairement être proposée : femmes enceintes, personnes en contact avec des enfants âgés de mois de 6 mois, individus âgés de 6 mois à 24 ans, personnels des services de santé, ainsi que les personnes âgées de 25 à 64 ans ayant des problèmes de santé associés à un risque plus élevé de complications en cas de grippe. Aux Etas-Unis, les recommandations de vaccination contre la grippe saisonnière ne sont suivies que par 40 % des personnes concernées, selon le Washington Times.
Le Royaume-Uni a lui aussi défini sa stratégie de vaccination prioritaire. Seront vaccinées en premier lieu les personnes âgées de 6 mois à 65 ans considérées comme "à risque" en raison d'une affection préexistante : mucoviscidose, pathologies respiratoires, rénale, immunodéficience... Soit un peu moins de 5 millions de personnes.
Viennent ensuite les femmes enceintes - les autorités britanniques attendent les recommandations de l'Agence européenne du médicament (EMEA) pour déterminer si la mesure doit viser toutes les femmes enceintes ou seulement celles qui en sont à une période de grossesse où des complications peuvent entraîner des conséquences graves - et les personnes vivant avec des malades à risques.
Enfin, les personnels de santé sont inclus dans la population prioritaire, qui comprend au total 11,5 millions de personnes sur 61 millions d'habitants. Le Royaume-Uni a commandé 132 millions de doses, deux injections à trois semaines d'intervalles étant vraisemblablement le schéma qui sera retenu pour la vaccination.
En France, la ministre de la santé, Roselyne Bachelot, avait esquissé, le 30 juillet, sa stratégie : vacciner en priorité "les personnes victimes de pathologies respiratoires et de maladies chroniques", ainsi que les personnels de santé. Le gouvernement n'a pas davantage précisé les groupes prioritaires. "Nous sommes dépendants de l'autorisation de mise sur le marché qui sera accordée aux vaccins et de l'appréciation du rapport bénéfice-risque du vaccin par l'EMEA", indique-t-on au ministère.
La France a commandé 94 millions de doses de vaccin contre le virus H1N1, dont 28 millions auprès de Sanofi Pasteur, avec une option sur 28 millions de doses supplémentaires.
Paul Benkimoun
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